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jeudi 8 juillet 2010

Rappel de la réalité sur la situation des chrétiens dans les territoires: un article de 2007

Le Jerusalem Post
Les Chrétiens de Bethléem se plaignent de persécution

25 janvier 2007
Par Khaled Abu Toameh

Un certain nombre de familles chrétiennes ont finalement décidé de briser le silence et de parler ouvertement de ce qu’ils décrivent comme une persécution musulmane de la minorité [chrétienne], à Bethléem.

Ce développement intervient à la suite d’attaques de plus en plus nombreuses perpétrées par des musulmans contre des chrétiens, au cours des derniers mois. Les familles affirment qu’elles ont écrit au Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, au Vatican, à des responsables européens d’Eglises et de gouvernements, pour se plaindre de ces attaques, mais que leurs appels ont été ignorés.

Selon ces familles, il y a longtemps que beaucoup de chrétiens ont peur de se plaindre publiquement de cette campagne "d’intimidation", par peur des représailles de leurs voisins musulmans et pour ne pas se voir traiter de "collaborateurs" d’Israël.

Mais, suite à un accroissement des attaques contre des biens appartenant à des chrétiens de la ville, durant les mois écoulés, quelques chrétiens n’ont plus peur de s'exprimer à propos de cette situation ultra sensible. Et ils parlent ouvertement de quitter la ville.

« La situation est très dangereuse », dit Samir Qumsieh, propriétaire de la station de télévision privée, Al-Mahd (Nativité), à Beit Sahur. « Je pense que, dans 15 ans d’ici, il ne restera plus de chrétiens à Bethléem. Il faudra bien chercher pour trouver un chrétien ici. C’est une situation extrêmement triste. »

Qumsieh, l’un des rares chrétiens qui acceptent de parler de la dure situation de leur communauté, a été l’objet de nombreuses menaces de mort. Récemment, sa maison a été attaquée à l’aide d’engins explosifs incendiaires, mais personne n’a été atteint.

Qumsieh affirme avoir relevé plus de 160 cas d’attaques contre des chrétiens de la région, ces dernières années.

Il relate qu’un moine a été roué de coups pour avoir tenté d’empêcher un groupe d’hommes musulmans de s’emparer de terres appartenant à des chrétiens, à Beit Sahur.

Fuad et Georgette Lama ont découvert en s’éveillant, un jour de septembre dernier [2006], que des musulmans d’un village voisin avaient entièrement clôturé un terrain de 6 km2 leur appartenant, dans le quartier de Karkafa, au sud de Bethléem. « Un avocat et un fonctionnaire de l’Autorité Palestinienne sont tout simplement venus prendre notre terrain », dit Georgette Lama, qui est âgée de 69 ans.

Plus tard, le couple a reçu la visite d’officiers de haut rang de l’Autorité Palestinienne, qui leur ont proposé d’expulser les intrus de leur terrain. « Nous leur avons versé 1000 dollars pour qu’ils nous aident à récupérer notre bien », explique la femme en pleurs. « Au lieu de nous restituer notre terrain, ils ont tout simplement décidé de le garder pour eux. Ils ont même détruit tous les oliviers et divisé le terrain en petites parcelles, pour les mettre en vente séparément, semble-t-il. » Quand Fuad, son mari, qui est âgé de 72 ans, est allé jusqu’au terrain pour demander aux intrus de s’en aller, il a été durement battu et menacé avec des armes.

« Mon mari vient de subir une opération de chirurgie cardiaque et ils le battent quand même », dit Georgette Lama. « Ces gens n’ont pas de cœur. Nous n’osons pas aller sur notre terrain, de peur qu’ils nous tirent dessus. Depuis les coups qu’il a subis, mon mari est en état de choc et il a du mal à parler. »

Depuis, les Lama se sont adressés à de nombreux fonctionnaires de l’Autorité Palestinienne à Bethléem, pour leur demander d’intervenir, mais sans succès. A un certain stade, ils ont adressé une lettre à Abbas, qui a promis d’ouvrir une enquête.

« Nous avons entendu dire que le Président Mahmoud Abbas prend notre affaire très au sérieux », dit Georgette Lama. « Mais jusqu’à maintenant, il n’a rien fait pour nous aider à récupérer notre terrain. Nous sommes très inquiets parce que nous sommes les seuls à souffrir de ce phénomène. La plupart des chrétiens ont peur de parler, mais cela m’est égal parce que nous n’avons plus rien à perdre. »

D’après Edouard Salama, un voisin chrétien du couple, le problème de la ville est l’absence de loi et d’ordre. « Nous vivons dans une situation de chaos et d’anarchie », dit-il. « La police a peur des hors-la-loi qui s’emparent de nos terres. »

Salama fait état de sa profonde inquiétude concernant les conditions de vie des chrétiens à Bethléem, attirant l’attention sur le fait que beaucoup d’entre eux quittent le pays en raison de cette détérioration.

« En voyant ce qui arrive aux chrétiens ici, je m’inquiète beaucoup pour notre avenir », dit-il. « Ils s’en prennent aux chrétiens parce que nous sommes considérés comme faibles. »

Les Lama disent qu’ils ont décidé de rendre l’affaire publique, dans l’espoir que la communauté internationale interviendra auprès de l’AP pour qu'il soit mis un terme aux saisies arbitraires de terres. « Nous ne cesserons pas de nous battre jusqu’à ce que nous récupérions notre terre », dit Fuad Lama. « Nous ferons appel aux tribunaux et à l’opinion publique pour qu'ils nous aident. »

« Malheureusement, les dirigeants et porte-parole chrétiens ont peur de parler des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Nous connaissons trois autres familles chrétiennes – les Salameh, Kawwas et Asfour –, dont les terres ont aussi été saisies illégalement par des musulmans. »

Un homme d’affaires chrétien, qui a requis l’anonymat, déclare que la situation des chrétiens, à Bethléem et dans ses environs, s’est détériorée depuis que la région a été transférée à l’AP en 1995.

« Chaque jour nous apprenons qu’une famille chrétienne a émigré aux Etats-Unis, au Canada ou en Amérique latine », dit-il. « Aujourd’hui, les chrétiens représentent moins de 15% de la population. Les gens s’enfuient parce que le gouvernement palestinien ne fait rien pour les protéger, eux et leurs biens, contre les hors-la-loi palestiniens. Bien entendu, tous les Palestiniens ne sont pas responsables [de cet état de choses], mais le sentiment général est que les chrétiens sont devenus des proies faciles. »


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